Les joutes entre le Brésil et l’Argentine ont donné lieu à une rivalité sans précédent en Amérique du Sud. Dans le cadre de l’exposition « Brésil 2014 Revisité », nous avons cherché à savoir comment les Argentins jugent le football brésilien.

En 1908, à l’occasion d’un de ses déplacements au Brésil, le président argentin Julio A. Roca emmena avec lui son équipe nationale pour rassembler les deux pays à travers le sport. À cette époque, le Brésil ne possédait pas d’équipe nationale, mais une sélection de joueurs provenant de différentes ligues comme celle de São Paulo et la ligue métropolitaine de Rio de Janeiro.

Six ans plus tard, le 20 septembre 1914, l’équipe brésilienne a disputé son premier match à Buenos Aires, s’inclinant 3-0 contre l’Argentine. La Seleção a cependant pris sa revanche une semaine plus tard en s'imposant 1-0 dans le cadre de la Copa Roca, toujours à Buenos Aires.

Dans les premières années du football, il n’y avait pas énormément de rivalité entre ces deux équipes, et le plus grand rival de l’Argentine était alors l’Uruguay. Leurs affrontements étaient surnommés le « clásico del Río de la Plata ». Avec le temps et la moisson de titres mondiaux glanés par le Brésil entre 1958 et 1970 – conjugués au déclin de l’Uruguay – l'ascension de l’Argentine dans les années 1970 allait générer un nouveau « classique » avec une sorte d’effet rétroactif.

La rivalité a débuté à l’occasion de quelques matches importants de Copa América dans les années 1930 et 1940. Les joutes entre ces deux nations ont été sans cesse plus tendues, notamment en raison de l’absence de l’Argentine lors du Championnat d’Amérique du Sud 1946 et lors de la Coupe du Monde 1950 (deux compétitions organisées au Brésil) et de l’étonnante victoire de l’Albiceleste lors de la Copa de las Naciones 1964.

Le Brésil et l’Argentine s’affrontant en 1922 | ©HO-AFP-Getty

« Le respect et l’admiration des Argentins pour les Brésiliens se sont développés de 1958 à 1970, une période au cours de laquelle le Brésil a soulevé trois fois le trophée Jules Rimet et en est devenu le propriétaire. C’est à partir de là que la rivalité entre les supporters des deux camps a débuté. Lors de la Coupe du Monde 1978, le public argentin avait un chant contre le Brésil », indique l’historien Osvaldo Gorgazzi.

Pelé et Maradona, deux des meilleurs joueurs de tous les temps du Brésil et de l’Argentine à Rio de Janeiro | ©foto-net
Si cet antagonisme n’a cessé de croître, le public argentin n’en est pas moins un grand admirateur du footballeur brésilien. Une enquête menée par le journaliste Eduardo Cantaro auprès de supporters, joueurs et journalistes a révélé que Ronaldo, Ronaldinho et Pelé étaient les adversaires les plus admirés par les Argentins.

Ils apprécient en outre le style caractéristique du football brésilien et reconnaissent volontiers que Neymar est le dernier descendant de cette lignée de grands joueurs adeptes du jogo bonito qui les ont marqués à vie : Sócrates, Garrincha, Rivaldo, Romario, Zico, Roberto Carlos, Rivellino, pour n’en citer que quelques-uns.

Diego Maradona contre le Brésil lors de la Coupe du Monde 1982 | ©Imago - Colorsport
Ainsi, le champion du monde 1986 Julio Olarticoechea, qui faisait partie de l’équipe d’Argentine qui a battu le Brésil lors de la Coupe du Monde 1990 en Italie, a expliqué quelle était selon lui la différence entre le footballeur argentin et son homologue brésilien : « Ils cherchent à jouer leur jeu pendant tout le match, sans trop de soucier du résultat. Ils ne se précipitent pas à l’attaque pour marquer car ils savent qu’ils peuvent y arriver, même à la dernière minute. »

Poursuivant sa comparaison, Olarticoechea estime que : « L’Argentin est plus combatif. Attention, c’est également un formidable joueur pétri de qualités, mais la grande différence, c’est que les joueurs brésiliens ont cette sorte de ‘plasticité’. Ils sont plus ‘élastiques’. »

Dans un sens, la comparaison entre les deux danses caractéristiques de ces pays, le tango et la samba – qui nécessitent toutes deux beaucoup d'entraînement pour pouvoir progresser – met en lumière certaines différences analogues aisément transposables aux footballeurs.

Malgré la quantité de duels historiques ayant opposé l’Argentine au Brésil, certains « superclásicos des Amériques » récents ont laissé un goût amer aux supporters argentins, à commencer par la finale de la Copa América 2004 au Pérou, qui a vu l’Albiceleste s’incliner aux tirs au but après avoir fait match nul 2-2. Puis, lors des finales de la Coupe des Confédérations de la FIFA 2005 et de la Copa América 2007 au Venezuela, le Brésil n’a cette fois fait qu’une bouchée de l’Argentine en s’imposant respectivement sur des scores de 4-1 et 3-0.

Le Brésil battit l’Argentine lors de la finale de la Coupe des Confédérations 2005 en Allemagne | ©Imago-PressefotoBaumann
Il n’est donc pas surprenant que de nos jours, les supporters argentins ne portent pas vraiment la sélection brésilienne dans leur cœur. La plupart d’entre eux préfèrent d’ailleurs la voir s’incliner – peu importe qui elle affronte. En somme, le supporter argentin admirera tout grand footballeur brésilien – surtout s’il brille en club et loin de sa sélection.