Le Musée du Football mondial de la FIFA a eu la chance de consulter un mémoire – non publié à ce jour – écrit par la journaliste Kátia Bagnarelli, veuve de l’ancien capitaine de la Seleção. Jogo, Ciência, Drogas e Acultuaração (Jeu, Sciences, Drogues et Acculturation) contient des récits personnels du milieu de terrain légendaire des Corinthians, y compris celui concernant son fameux bandeau actuellement présenté au musée dans le cadre de l’exposition « Brésil 2014 Revisité ».

Sócrates et ses coéquipiers fêtent un but contre l'Argentine au Mondial 1982 | ©Imago/Sven Simon
Icône du football aux cheveux bouclés et à la barbe hirsute, Sócrates n’en était pas moins connu pour son style de jeu tout en élégance. Ses passes à l’aveugle du talon sont en quelque sorte devenues sa marque de fabrique, tout comme son penchant pour les bandeaux aux messages engagés. Sócrates participe à sa première Coupe du Monde en 1982, où il porte même le brassard de capitaine.

Quatre ans plus tard, au Mexique, il revêt à nouveau le fameux maillot auriverde et, tandis que les deux équipes sont alignées pour entonner les hymnes nationaux lors du premier match de son équipe contre l’Espagne, Sócrates capte une bonne partie de l’attention avec un bandeau portant l’inscription México sigue en pie (« Le Mexique est toujours debout »). Un message aussi simple que puissant adressé au pays hôte, dont la capitale a été touchée par un important tremblement de terre en 1985. Tout au long du tournoi, Sócrates arborera d’autres bandeaux aux messages tout aussi puissants – « Justice », « Non à la terreur » et « Non à la violence ».

Le bandeau de Sócrates fait partie de l'exposition Brésil 2014 revisité | ©FIFA Museum

Sócrates contre l'URSS au Mondial 1982 | ©Imago-Colorsport
Pour la petite histoire, l’idée du bandeau de ce premier match était totalement improvisée. À tel point qu’il ne s’agit en réalité pas véritablement d’un bandeau mais d’une chaussette de la tenue de la Seleção. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il est très difficile de différencier la chaussette des autres bandeaux portés par le joueur. Pourtant, si l’on a l’occasion de la voir de plus près – comme c’est le cas des visiteurs du Musée du Football mondial de la FIFA –, la supercherie devient évidente.

Après que des employés du musée se sont rendus au Brésil dans le cadre de leurs recherches pour « Brésil 2014 Revisité », l’objet a été généreusement prêté par Kátia Bagnarelli pour l’exposition. Et ce n’est pas tout puisque nous avons également pu consulter une partie du mémoire consacré au « docteur » qui sera publié au cours de l’année prochaine. Jogo, Ciência, Drogas e Aculuração contient des histoires personnelles de Sócrates avant sa mort en 2011.

Ci-dessous, un extrait où le Dr Sócrates Brasileiro lui-même raconte comment l’idée du bandeau México sigue en pie lui est venue et pourquoi le message n’a pas eu la portée escomptée.

Lors de notre arrivée au Mexique, nous avons pu voir les dégâts causés par le terrible tremblement de terre qui avait secoué le pays avant le début de la Coupe du Monde. C’est à ce moment-là que l’idée du bandeau a commencé à germer dans mon esprit. La Coupe du Monde était l’occasion idéale de faire passer des messages au monde entier en évoquant certains problèmes existant dans la société. Quelque chose comme ce qui est fait lors de certains événements sportifs où un cessez-le-feu est proposé pendant la période où se tient ledit événement.

Évidemment, personne n’imaginait que cela puisse réellement se produire, en particulier à une telle échelle. Mais, le simple fait de mettre certains sujets problématiques sur la table représentait une raison de croire que leur nombre pouvait se réduire. Je souhaitais absolument faire quelque chose. Il ne me restait qu’à trouver comment faire passer mes messages. La solution m’est venue en voyant à la télé une petite fille pleine d’innocence portant un magnifique diadème. Je me suis immédiatement mis à la recherche de quelqu’un pouvant me fabriquer un bandeau pour chaque match. Compte tenu de la proximité du début de la compétition, cela devait bien sûr être fait en un temps record.

Heureusement, tout est bien qui finit bien puisque j’ai donc porté des bandeaux avec des messages dénonçant certaines absurdités de la société. Cela devait être une surprise, mais un élément inattendu a réduit son effet lors du premier match. Alors que nous nous apprêtions à écouter l’hymne national officiel du Brésil, c’est finalement un autre, celui consacré au drapeau du Brésil, qui a été joué. Toutes les luttes contre la pauvreté, la guerre, l’impérialisme, l’injustice sociale, l’analphabétisme, etc. étaient réduites à néant tandis que je secouais la tête en entendant les premières notes de cette erreur invraisemblable.

Mais ça valait la peine d’essayer. C’est bien mieux, je pense, que le conformisme.

Sócrates fête son but contre l'Espagne au Mondial 1986 | ©Imago - Buzzi